Cinémas romands face au streaming : le nouveau modèle économique des salles de Genève et Lausanne

Les salles romandes affichent un chiffre qui interpelle

Les cinémas de Suisse romande ont totalisé 2,9 millions d'entrées en 2025, en recul de 15,6% sur un an, selon le communiqué de ProCinema du 16 janvier 2026. Ce repli s'inscrit dans une période marquée par la généralisation des plateformes de streaming et par les séquelles durables de la pandémie sur les habitudes de sortie. Pour rester un lieu de culture fréquenté, les salles indépendantes de Genève et Lausanne ont bâti des revenus qui ne dépendent plus seulement du prix du billet classique.

Pourquoi la billetterie recule depuis plusieurs saisons

Le recul n'est pas un accident isolé. Entre 2024 et 2025, les entrées ont chuté de 15,6% en Suisse romande, contre 4,3% seulement outre-Sarine, où les salles alémaniques ont mieux résisté, selon ProCinema. À l'échelle nationale, le marché a compté environ 9,8 millions d'entrées en 2025, un repli sur 2024.

Selon RTS et ProCinema, ce creux romand s'explique surtout par l'absence de gros succès francophones en salle cette année, à l'inverse de 2024, portée par des films comme Un p'tit truc en plus ou Le Comte de Monte-Cristo.

Les salles indépendantes romandes misent malgré tout sur ce que le streaming ne reproduit pas, la présence physique d'une équipe de film ou d'un débat en salle.

L'événementiel devient le cœur de l'activité

Pour une salle indépendante, l'événementiel recouvre plusieurs formats concrets. Les avant-premières en présence du réalisateur ou d'un acteur, les ciné-débats organisés avec des associations locales, les cycles thématiques, et les partenariats noués avec des festivals romands.

Genève illustre bien cette logique. Le Geneva International Film Festival, le GIFF, s'est tenu du 31 octobre au 9 novembre 2025 en ville, mobilisant plusieurs salles de proximité autour de projections en présence d'équipes de films, selon la couverture professionnelle de Cinébulletin.

Les grandes chaînes jouent aussi cette carte du rendez-vous à date fixe. Pathé, qui exploite plusieurs complexes à Genève et à Lausanne, participe par exemple à la Journée du Cinéma Allianz. Cette opération nationale de ProCinema, déployée dans plus de 510 salles de Suisse et du Liechtenstein, propose le billet à CHF 7 le dimanche 6 septembre 2026, contre une moyenne nationale de CHF 16,36 par billet en 2025 (+1,91% sur un an), selon ProCinema.

Le calcul est simple. Un tarif cassé pour une journée événementielle ramène en salle un public occasionnel, celui qui a déserté la séance classique du mercredi soir.

A cozy indoor movie theater showing an animated film to a small audience.

Diversifier les revenus au delà du film

L'événementiel n'est qu'un des leviers actionnés. Les salles romandes louent aussi leurs écrans à des entreprises pour des projections privées, animent des ciné-clubs à cotisation annuelle, et vendent des abonnements qui fidélisent au-delà d'un seul film.

Chez Pathé, un abonnement transférable de six mois donnant droit à cinq billets coûte CHF 79, frais de service de CHF 4 compris, selon les offres publiées sur pathe.ch. Rapporté au billet, le tarif tombe sous la moyenne nationale, un calcul pensé pour ramener un spectateur plusieurs fois dans l'année plutôt qu'une seule.

Un recul de fréquentation ne signifie pas fermeture généralisée. Selon Cinébulletin, revue professionnelle du secteur, les exploitants romands misent sur la diversification plutôt que sur l'arrêt de l'activité, à l'image des acteurs de la culture locale qui multiplient les partenariats plutôt que de réduire leur programmation.

Ce que ça change pour vous quand vous choisissez une séance

Concrètement, aller au cinéma aujourd'hui ressemble de moins en moins à une sortie improvisée devant l'affiche de la semaine. Réserver une avant-première ou une soirée à thème garantit une expérience que le streaming ne propose pas encore, même quelques semaines plus tard.

Sur le plan budgétaire, un billet pour ce type de séance reste, dans son ordre de grandeur, comparable ou légèrement supérieur à un billet classique, et demeure d'un montant modeste face au coût cumulé sur l'année d'un abonnement de streaming mensuel.

Pour un lecteur vaudois, ce choix se joue souvent entre une salle de quartier à Lausanne et un grand complexe, chacun proposant son propre calendrier d'événements. La même logique vaut à Genève ou à Fribourg, où l'offre culturelle locale s'organise de plus en plus autour de rendez-vous datés plutôt que de sorties permanentes.

Ce qu'il faut retenir avant votre prochaine sortie

Le réflexe le plus utile consiste à surveiller le calendrier des avant-premières et des soirées spéciales d'une salle plutôt que la seule date de sortie nationale d'un film, puisque c'est là que se concentre désormais l'offre la plus difficile à retrouver en streaming.

La baisse de fréquentation observée en Suisse romande reste réelle, mais elle s'accompagne d'une adaptation active des exploitants, pas d'un effondrement du secteur. Les salles indépendantes de Genève et Lausanne poursuivent leur mue vers un modèle où l'événement pèse autant que le film lui-même.