La fin du cash en Suisse romande, jusqu’où Twint et le paiement sans contact vont-ils s’imposer

Les paiements numériques progressent rapidement dans les commerces suisses, mais le numéraire reste loin d’avoir disparu. Pour les commerçants romands, la technologie modifie surtout la répartition des usages entre carte, application mobile et espèces, avec des conséquences concrètes sur l’encaissement, les coûts et la continuité du service.

Les paiements en magasin ne sont déjà plus dominés par les espèces

En mars 2026, la Banque nationale suisse a publié les résultats de son enquête menée à l’automne 2025 auprès d’environ 2 000 personnes domiciliées en Suisse. Le journal de paiement associé comptabilisait 19 048 transactions réalisées dans des points de vente physiques.

La carte de débit représentait 37 % de ces paiements. Le cash suivait avec 30 %, devant les applications mobiles à 17 % et la carte de crédit à 13 %.

Le changement est net par rapport à 2017, lorsque les espèces représentaient encore une large majorité des paiements de proximité. La bascule n’est toutefois pas uniforme. Les petits commerces, la restauration et certains services conservent une utilisation du cash supérieure à celle observée dans les grandes enseignes.

Pour un commerce de Genève, Lausanne ou Fribourg, cela signifie qu’accepter uniquement un moyen numérique ne correspond pas encore au comportement de tous les clients.

Le sans contact a surtout supprimé la friction du paiement

Le paiement sans contact repose généralement sur le NFC, une communication à courte distance entre une carte ou un smartphone et le terminal. Pour le client, la différence est visible au moment du passage en caisse puisqu’il n’est plus nécessaire d’insérer la carte pour chaque transaction compatible.

La BNS rappelle dans son enquête 2025 que les applications mobiles peuvent fonctionner par QR code ou par fonction sans contact selon le service utilisé.

Cette simplicité modifie le geste de paiement. Sortir un téléphone ou approcher une carte demande peu de temps, ce qui favorise les moyens électroniques pour les petites dépenses qui étaient autrefois souvent réglées en espèces.

La technologie ne change donc pas uniquement le support. Elle réduit surtout le nombre d’étapes nécessaires entre le prix affiché et la validation du paiement.

Twint atteint une échelle qui change les habitudes

Le 17 février 2026, TWINT indiquait que plus de 6 millions de personnes utilisaient activement son application en Suisse. Durant l’année 2025, elles ont effectué 901 millions de transactions.

La progression est rapide. En 2024, le service annonçait 773 millions de transactions, ce qui représente une hausse de 128 millions en une année.

L’application déclarait également être acceptée dans environ 81 % des commerces physiques suisses. Ce taux ne signifie pas que 81 % de chaque catégorie de commerce romande accepte systématiquement le service, mais il montre son implantation à l’échelle nationale.

Pour un petit commerce, l’effet pratique est important. Un client qui utilise déjà l’application pour envoyer de l’argent, acheter un billet ou payer en ligne retrouve le même moyen de règlement au comptoir.

Le cash reste pourtant utilisé dans trois paiements sur dix

Les données 2025 de la BNS montrent que 30 % des transactions réalisées physiquement étaient encore réglées en espèces.

Cette proportion empêche de parler d’une disparition immédiate. Sur 100 paiements hypothétiques présentant la même répartition que l’échantillon national, environ 30 seraient encore effectués en cash.

Le comportement varie fortement selon l’âge. Les personnes de 55 ans et plus utilisent les espèces davantage que les groupes plus jeunes. Les ménages disposant de revenus plus faibles les emploient également plus souvent.

Un commerce dont la clientèle est âgée ou très diversifiée ne rencontrera donc pas le même niveau d’acceptation qu’un point de vente fréquenté majoritairement par de jeunes actifs.

La décision de supprimer le cash doit partir de cette clientèle réelle, pas d’une tendance nationale prise isolément.

Refuser les espèces peut créer une vente perdue

L’enquête 2025 indique qu’environ la moitié des personnes interrogées avaient rencontré au moins une situation où leur moyen de paiement préféré n’était pas accepté ou n’était pas souhaité au cours des douze mois précédents.

Dans certains cas, un autre moyen a permis de terminer la transaction. Dans d’autres, le paiement n’a pas pu être effectué.

Le cash conserve justement un rôle de solution de secours. La BNS relevait qu’il avait permis de finaliser environ la moitié des paiements confrontés à une restriction d’acceptation ou à un problème technique.

Pour un commerçant, l’enjeu dépasse donc les habitudes. Retirer entièrement les espèces supprime aussi une alternative lorsqu’un client ne peut pas utiliser le moyen numérique attendu.

La question devient particulièrement concrète dans un café, un kiosque ou un commerce où le client n’a pas prévu plusieurs solutions de paiement.

Une panne rappelle la dépendance aux systèmes numériques

La disparition du cash augmenterait mécaniquement la dépendance aux terminaux, aux smartphones, aux réseaux et aux systèmes bancaires.

Une panne de connexion ne bloque pas nécessairement tous les paiements électroniques. Certaines infrastructures disposent de mécanismes de secours. Le risque dépend du terminal, du prestataire et du type de transaction.

Pour le commerçant, la bonne question concerne donc la continuité d’encaissement.

Prenons un cas hypothétique. Une boutique réalise 4 000 CHF de chiffre d’affaires pendant une journée. Si une panne empêche les paiements numériques pendant deux heures au moment le plus fréquenté, le problème ne se limite pas au confort du client.

Disposer de plusieurs méthodes d’encaissement réduit la dépendance à un seul système. Le cash peut faire partie de cette redondance, au même titre qu’une seconde solution électronique.

Le coût réel ne se résume pas aux commissions

Un paiement électronique peut générer des frais liés au contrat d’acquisition, au terminal ou au prestataire utilisé. Leur montant dépend de l’offre choisie et ne peut pas être généralisé à tous les commerces.

Les espèces possèdent elles aussi un coût. Il faut compter le temps consacré à la caisse, les erreurs de monnaie, le stockage, le dépôt bancaire et parfois le transport du numéraire.

Une comparaison sérieuse doit convertir ces tâches en temps de travail.

Prenons un exemple hypothétique. Si un commerce consacre 20 minutes par jour à compter et préparer sa caisse, cela représente environ 100 minutes sur cinq jours d’ouverture.

À l’inverse, un commerce entièrement numérique peut simplifier son rapprochement de caisse, mais il devient davantage dépendant des prestataires de paiement.

La solution la moins coûteuse dépend donc du volume, du nombre de transactions et de l’organisation interne.

Le paiement digital ne signifie pas la même chose partout en Suisse romande

Genève, Lausanne, Sion, Neuchâtel ou Delémont ne possèdent pas exactement les mêmes profils de clientèle.

Un commerce installé près d’une gare et fréquenté par des actifs pendulaires peut observer une utilisation très élevée des cartes et applications. Un marché local ou un établissement fréquenté par plusieurs générations peut conserver davantage de paiements en espèces.

Les données nationales fournissent une tendance. Elles ne remplacent pas les chiffres de caisse.

Un commerçant peut obtenir une réponse beaucoup plus précise en analysant quatre semaines de transactions. La part du cash, des cartes et des paiements mobiles montre rapidement le comportement réel de ses clients.

La technologie devient alors mesurable à l’échelle du point de vente, au lieu de rester une impression générale.

technologie

Supprimer le cash peut aussi modifier la relation avec certains clients

En 2025, 89 % des personnes interrogées par la BNS déclaraient encore transporter de l’argent liquide dans leur portefeuille.

Plus révélateur encore, seules 2 % se prononçaient pour une suppression complète du cash. Même parmi les utilisateurs habitués aux moyens numériques, le maintien d’une possibilité de payer en espèces conserve donc un soutien très large.

Cette préférence peut relever de plusieurs raisons. Certaines personnes apprécient la maîtrise visuelle du budget, tandis que d’autres gardent du numéraire pour les situations où une solution électronique ne fonctionne pas.

Pour un commerce qui envisage de supprimer les espèces, le problème n’est donc pas uniquement technique. Le changement peut aussi modifier la perception du service par une partie de la clientèle.

Le modèle hybride reste aujourd’hui le plus proche des usages

Les chiffres de 2025 dessinent un marché dans lequel aucun moyen de paiement n’a éliminé les autres.

La carte de débit arrive en tête avec 37 % des transactions physiques, le cash représente encore 30 % et les applications mobiles 17 %. Dans le même temps, TWINT dépasse 900 millions de transactions annuelles.

Cette combinaison indique une transformation rapide sans disparition immédiate du numéraire.

Pour un commerce romand, accepter espèces, carte et paiement mobile peut donc répondre à trois usages déjà installés plutôt qu’à trois générations de clients totalement séparées.

Une boutique peut ensuite réduire progressivement certaines contraintes si ses propres données montrent qu’un moyen devient marginal.

Mesurer avant de passer au tout numérique

La prochaine étape ne consiste pas à décider immédiatement de supprimer ou de conserver le cash.

Pendant 30 jours, un commerce peut relever la part de chaque moyen de paiement, le nombre d’échecs de transaction et le temps consacré à la gestion des espèces.

Un exemple hypothétique permet de fixer un seuil. Si seulement 3 % des paiements utilisent encore du cash, mais que ces clients représentent 8 % du chiffre d’affaires en CHF, supprimer les espèces n’a pas la même conséquence que si les deux indicateurs sont proches de zéro.

La fin du cash en Suisse romande n’est donc pas encore une réalité statistique. Le numérique gagne du terrain, mais la décision pertinente reste locale, mesurée à partir des transactions du commerce et de sa capacité à continuer d’encaisser lorsque un moyen de paiement devient indisponible.